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Lily Story

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E-mail: lilith.karzi@gmail.com

Au menu: colère ou dépression?

05/12/2012 00:00

 

Pour pouvoir se préparer à faire un voyage dans un pays aussi dépaysant que l’Inde, il faut être en forme. Et quand je parle de forme, je parle de forme mentale. C’est un peu contradictoire de devoir être en forme mentale pendant une rupture, non ?

 

Et bien voici mon conseil : si on vous laisse tomber, fâchez-vous ! Car au fond, vous n’avez que deux choix, à moins d’être une guru indienne pleine de sagesse et de compassion comme Amma (qui enlace chacun de ses disciples durant quelques minutes, pour un câlin qui, aux dires de certains, transforme le cœur et l'âme pour toujours !). En vérité, vous pouvez soit tomber en dépression, soit vous transformer en incroyable Hulk, version féminine. J’ai opté pour le personnage vert.

 

 

 

C’est que la colère m’a donné l’énergie de garder la tête hors de l’eau pendant cette période catastrophique de mon existence. Il faut savoir que mon beau Sylvain a essayé de me cacher son adultère (en me disant que j’étais jalouse et paranoïaque car il n’aimait que moi !) et qu’il a fallu que je trouve une facture avec achat de condoms, des Trojan « extra lubrifiés », pour qu’il admette enfin, presque en souriant (car ça n’avait pas d’importance, n’est-ce pas !), qu’il m’avait effectivement trompé avec sa collègue de travail. C’est là aussi, qu’excéder par mes questions, il a coupé court à la discussion en m’annonçant qu’il ne m’aimait plus. Je pouvais soit prendre la direction de mon lit et me cacher sous les couvertures le reste de ma vie, soit me mettre en colère.

 

Je me suis brutalement réveillée de ma vie de couple avec l’impression qu’on était en train de m’opérer à cœur ouvert et que l’anesthésie n’avait pas fonctionné aussi longtemps que prévue. Je n’ai pas bien pris la nouvelle au réveil.

 

Je ne suis pas très grande et plutôt menue, mais quand Sylvain a du avouer son adultère, ça a été plus fort que moi, je lui ai foutu un coup de poing en pleine tronche et je suis partie en claquant la porte. J’ai eu des bleus sur les doits pendant plusieurs jours, mais au moins je ne suis pas tombée en dépression. J’ai ragé, j’ai pleuré.

 

Comprenez-moi, je ne recommande à personne de poser un geste aussi primitif que celui exercé à l’encontre de Sylvain (j’aurai pu me faire poursuivre pour coup – mais pas pour blessure ! – au dire de ma mère, mais je pense surtout qu’elle voulait me faire peur et s’assurer que je ne récidive pas). J’ai beaucoup regretté mon geste par la suite et je me suis sentie très idiote. Mais dans mon cas, c’était l’action ou la dépression. Ne pas se méprendre ici, l’action n’empêche pas d’être triste et n’arrête pas la souffrance ! Elle nous garde simplement en mouvement, et le mouvement nous garde en vie.

 

Ce que je veux dire, c’est qu’il ne faut pas avoir honte de se mettre en colère et de nommer les choses. Il ne faut pas se préoccuper de son image, on a mal, soit ! Il faut le dire, l’exprimer, le pleurer. On trouve la situation injuste ? Il faut en parler (parfois même le crier) pour pouvoir le réaliser psychiquement.

 

Apprendre que mon conjoint m’avait menti pendant des mois, c’est étrange, mais pour moi ça été comme si ma maison avait été soudainement bombardée.  Je suis sortie de chez moi en panique, le souffle court, le cœur qui voulait me sortir du thorax. Je ne comprenais plus ni où j’étais, ni pourquoi j’étais là, je n’avais plus de repère, j’étais complètement déboussolée, je n’avais plus de « chez moi ».

 

Alors je me suis mise à raconter mon histoire, à la rêver la nuit, je disais tout, tous les détails, je les répétais dans ma tête, à mes amis, à mon psy, à ma mère. Il m’a trompé, il m’a menti, il n’a jamais eu l’intention de m’épouser, il ne m’aime pas, etc. Je réalise aujourd’hui que c’était une façon pour mon pauvre cerveau de s’adapter à la nouvelle réalité que je vivais.

 

Et ça n’était pas toujours très joli de me voir aller ! Surtout lorsque je hurlais à 2 heures du matin mon désespoir… Et oui, ça m’est arrivé plus d’une fois et je voudrais m’excuser auprès de mes voisins qui ont du croire que j’étais une vraie dingue.

 

J’ai vu trop souvent des femmes se culpabiliser et penser qu’elle n’en avait pas assez fait pour répondre aux « besoins » de leur mari et que, finalement, elle méritait bien de se faire laisser pour une autre (pouvez-vous croire que ma belle-mère a tenté de m’amener sur ce terrain-là ? Hors de ma vue vieille grébiche !). Ça, c’est un raisonnement qui nous mène directement à l’asile.

 

Sachez qu’avant d’avoir les moyens de prendre soin de moi, ce qui signifie littéralement « guérir de ma peine d’amour », j’ai été une femme en colère pendant presque deux mois. Et quand je dis en colère, je peux affirmer que ce n’était pas beau à voir : je faisais tout, c’est-à-dire mon marché, mon travail, le souper des enfants et même dormir, avec un visage crispé, les poings fermés et les mâchoires serrées.

 

Est-ce que j’ai précisé que j’avais dans la tête une femme qui hurlait des insultes à Sylvain et à sa Dulcinée avec un porte-voix en permanence ? Je me réveillais vers cinq heure du matin le cœur battant et cette femme en colère criait dans ma tête : « il a tout laissé tomber ! Quel lâche ! Et toi, ça te fait pas chier peut-être la routine ? Il se prend pour qui l’autre au juste ? Il t’a menti ! Comment a-t-il pu abuser ainsi de ta confiance ? »

 

J’ai du me taper les discours enragés de cette femme pendant des semaines. Parfois, pour ne plus l’entendre crier, je prenais une double dose d’Advil et je me cachais dans le noir sous mes oreillers, ou encore, je me tapais le Seigneur des anneauxversion longue. Même encore aujourd’hui, je n’arrive pas à comprendre comment j’ai pu éprouver un quelconque soulagement en écoutant cette trilogie ad nauseam !

 

Ce qui m’a le plus sidéré et qui faisait bien rire mes amis lorsque j’expliquais ma théorie, c’est qu’il n’y avait aucun recours judiciaire contre le crime commis par Sylvain. Car à l’époque, les gestes posés par mon ex (mentir impunément, promettre des choses qu’il n’avait jamais eu l’intention d’honorer, me tromper, abandonner le navire familiale qu’il avait lui-même souhaiter fonder) m’apparaissaient comme le pire des crimes.

 

Il y avait des lois pour les crimes avec usage de la force, pour les crimes contre la propriété, pour les crimes contre l'ordre public, les crimes contre l'État, les crimes contre la justice, mais aucune protection pour les crimes contre l’amour ! Je n’avais aucun recours contre lui. Qui plus est, nous n’étions même pas encore mariés après douze ans de vie commune, Sylvain promettant vaseusement qu’un jour, on ferait une fête à notre image, avec nos amis, il fallait économiser un peu de sous, car, promettait-il, nous allions nous offrir un vrai voyage de noces à la hauteur de notre amour, etc., etc.

 

Enfin, quand je me rappelle ces paroles sentencieuses sortir de la bouche de Sylvain, je vois bien qu’au fond, j’étais un peu naïve. Il était temps de me mettre du plomb dans la tête. Et le voyage en Inde allait contribuer à cette tâche.

 

Après quelques temps, j’ai commencé à éprouver de moins en moins de colère. Mon énergie s’est relâchée, je me suis mise à dormir des 12 heures  d’affilées par nuit, les vêtements sales ont commencé à occuper un pourcentage anormalement élevé d’espace dans ma chambre. La litière de mon chat débordait de surprises et mes chaussures se promenaient dans chaque pièce de la maison. Ça m’embêtait de voir la maison sombrer sous le désordre, mais je n’avais plus la poigne de fer d’antan pour dompter le mouvement chaotique vers lequel tend toute forme de logis…

 

La suite demain...